Aux États-Unis, le récit des événements qui ont conduit à la mort d’Alex Pretti samedi 24 janvier à Minneapolis par des agents de la police fédérale est de plus en plus remis en cause par les analyses. Les vidéos montrent que l’homme portait une arme, mais qu’elle lui avait été retirée quelques secondes avant que deux agents n’ouvrent le feu, alors qu’il était au sol. Ce dimanche à Minneapolis, les habitants, toujours sous le choc, se sont rassemblés pour exprimer leur colère.
Au lendemain de la mort d’Alex Pretti, les habitants sont en colère face à ce qu’ils jugent comme une injustice. Certains parlent même d’une exécution sans aucune conséquence pour les agents qui ont tiré. C’est aussi la peur que n’importe quelle personne puisse être tuée dans la rue, comme Alex Pretti en filmant une opération d’arrestation de migrants, rapporte notre envoyé spécial à Minneapolis, Edward Maille.
Mais l’appel au calme du gouverneur démocrate Tim Walz et des autorités locales qui s’opposent fermement aux politiques de Donald Trump semble avoir pris effet.
« Ce n’est pas l’Amérique dans laquelle j’ai grandi »
Ce dimanche, une manifestation était organisée et a rassemblé des milliers de personnes. Elle a eu lieu au même endroit qu’une autre manifestation, deux jours plus tôt, vendredi 23 janvier. Il s’agissait alors de demander que la police de l’immigration (ICE) quitte la ville. Les manifestants rendaient alors hommage à Renee Good, tuée le 7 janvier par un agent d’ICE.
Catherine Bledsoe cite les vertus de l’homme de 37 ans, infirmier, son engagement social et son attachement à l’environnement : « C’était affreux, c’était dévastateur. En particulier quand vous avez des membres du gouvernement qui vous disent de ne pas croire ce que vous avez pourtant vu de vos propres yeux, quand vous avez tant d’images avec différents points de vue et de témoins. »
Connor tient une pancarte où il a écrit : « Le département de la Sécurité intérieure a exécuté un homme américain. » « C’est horrible, c’est un meurtre. Ce n’est pas l’Amérique dans laquelle j’ai grandi. J’ai grandi dans un pays où chacun pouvait avoir sa chance, j’ai grandi sur une terre d’immigrés. On s’est construit grâce à l’immigration. »
Son ami Ian travaille dans un hôtel tout près. Il est venu manifester pour ses collègues : « Beaucoup de gens avec qui je travaille ont peur. Ils vivent ici légalement mais n’ont pas la nationalité. Quand je termine ma journée de travail, je ne sais pas si je vais les revoir. »
Les manifestants appellent à une grève générale dans la ville, à la fermeture des commerces pour montrer leur opposition à la présence de la police de l’immigration.
Réactions des conservateurs et de la NRA
De plus en plus d’analyses des vidéos remettent en cause la version du gouvernement Trump, selon laquelle les agents fédéraux s’étaient juste défendus face à un individu armé. Chez une petite partie des élus conservateurs, les critiques se font de plus en plus entendre.
Mais aussi au sein d’autres organisations, à commencer par la National Rifle Association (NRA), le plus puissant lobby pour les armes à feu. Celle-ci a dénoncé dans un communiqué la position du gouvernement, soit un fait rare pour l’organisation qui avait investi plus de 54 millions de dollars dans la campagne républicaine de 2016. Washington estimait qu’aborder un agent avec une arme sur lui était une provocation, alors qu’Alex Pretti portait une arme à sa ceinture en toute légalité. Le lobby a dit qu’il ne fallait pas diaboliser des citoyens qui respectaient la loi.
Au Congrès, plusieurs élus républicains ont demandé une enquête impartiale pour rétablir la vérité. Et l’ancienne alliée de Donald Trump, désormais critique du président, Marjorie Taylor Greene, a écrit sur le réseau social X que, tout en voulant expulser les migrants en situation irrégulière, porter une arme n’est pas la même chose que la brandir.
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Le gouvernement Trump se retrouve désormais sur la défensive, lui qui se targue souvent d’être le défenseur des principes de l’Amérique, la liberté d’expression et le port d’arme. Dans une interview au Wall Street Journal publiée ce dimanche 25 janvier, le président n’a pas pris position sur si les agents avaient bien fait ou non. Il a affirmé que les agents de l’ICE finiront bien par quitter Minneapolis. Une position nettement plus nuancée que celle répétée par son gouvernement dimanche.
Bill Clinton et Barack Obama appellent au sursaut
Les ex-présidents Bill Clinton et Barack Obama ont appelé les Américains à défendre leurs valeurs, après la mort d’Alex Pretti, que Trump impute au « chaos » créé par les démocrates. « Il appartient à tous ceux d’entre nous qui croient en la promesse de la démocratie américaine de se lever, de s’exprimer », a déclaré, dimanche 25 janvier, l’ancien dirigeant démocrate Bill Clinton, estimant que l’administration Trump « nous a menti » au sujet de ces deux décès.
Barack Obama, lui aussi ex-président démocrate, a appelé à un « sursaut » des citoyens alors que les valeurs fondamentales sont « attaquées ».
















